TEMOIGNAGE : « Plus personne ne m’adressait la parole » (ancienne élève d’un lycée militaire)

Vous n’imaginez pas ma joie lorsque j’ai vu dans le métro la une du dernier Causette : les violences sexuelles dans l’armée Française. Je crois que je ne pourrai jamais vous remercier suffisamment. J’ai moi-même passé ma scolarité dans un lycée militaire (un internat). Tout se passait bien jusqu’à ce que les élèves apprennent que j’avais eu des relations sexuelles avec deux de leurs camarades (à intervalle différent!). Depuis ce jour, ma vie est devenue un véritable enfer. J’étais insultée sans cesse de « mal baisée », de « nymphomane » de « salope ». On s’amusait à écrire mon numéro de téléphone sur les tables, ou bien à me lancer des objets en pleine figure. Je recevais des appels inconnus. Mais le plus drôle, c’était de me percher. Il s’agissait de crier mon nom sur un ton dérisoire, espérant que je me retourne, hébétée, dépourvue. Mes camarades me perchaient à longueur de journée, tantôt en classe, tantôt à la cantine. L’un deux avait essayé de détériorer mon uniforme à coup de ciseaux. J’étais morte de peur.
Je redoutais les cours, la cantine, les rassemblements militaire etc. Nous étions 6 filles sur 27 dans ma section. Plus personnes ne m’adressait la parole, même ceux qui ne participaient pas, on ne me parlait plus. Seules mes Amies étaient là. Mais étant dans d’autres classes elles ne pouvaient pas grand chose pour moi en journée. J’étais si terrifiée à l’idée de me lever chaque matin, que j’ai fini par m’en rendre malade. Plusieurs fois, je dû rentrer chez moi. Très vite, mon professeure d’économie s’impliqua et dénonça ces abus.  On ne voulut rien savoir. Elle insista. Rien ne changea. J’en était arrivée à me demander s’il était nécessaire que je me jette par la fenêtre pour qu’enfin quelqu’un réagisse. Peut-être aurais-je été plus convaincante… Vers la fin d’année, le proviseur m’incita à dénoncer mes camarades, sans quoi il ne ferait strictement rien. C’était trop me demander. J’étais trop terrifiée, trop honteuse. Il me fallu un certain temps avant d’en parler sérieusement à un adjudant-chef.
« Prends ma bite et suce la moi »
Avec le soutien de mes amies, deux clans s’étaient formés : les garçons et les filles. Nous étions 30 filles sur 100 garçons en terminale environ. Je n’étais plus vraiment la seule à subir leur ingratitude. Ma meilleure amie, pour je ne sais quelle raison, était elle aussi raillée depuis longtemps par les garçons : vidéo dégradante postée sur facebook, ou encore des « poèmes » révoltants sur Spotted. Finalement, en fin d’année alors que le bac approchait, elle devient l’une des principales cibles de « plaisanteries ». Une nuit, alors que l’alarme incendie retentissait, le lycée entier s’était rassemblé sur la place d’arme par mesure de sécurité. Lorsqu’une trentaine d’élèves, peut-être plus, peut-être moins, se mirent soudain à chanter en chœur « X… prends ma bite, prends ma bite et suce la moi » pendant une bonne dizaine de minutes. Certaines d’entre nous, furieuses, partirent à leur rencontre, défendre X… . Seulement quelques filles, se dressèrent contre eux. Les insultent fusèrent, puis un chahut considérable s’en suivit. Ils nous repoussaient violemment vers nos dortoirs, menaçant, insultant. On était si peu, on ne pouvait que reculer. Le lendemain X… fut humiliée publiquement, lors d’un rassemblement, aspergée d’un seau d’eau, suivi d’insultes. Le jour même elle décida de porter plainte. Malgré ses encouragements pour la suivre, je refusais de le faire avec elle. J’avais bien trop peur que rien ne se passe. C’est malheureusement ce qui se produisit : rien. La plainte n’aboutit pas et personne ne s’en soucia. Voyant que rien ne se passait, X… décida d’enlever sa plainte un mois plus tard.

Un ans après, plus personne n’entend parler de cette histoire. Finalement ce n’était rien de bien important il semblerait…

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un commentaire

  1. Témoignage révoltant ! les lycées mili ne servent à rien…les violences sexuelles aussi graves que dans les régiments, alors qu’au lycée on t’apprends à devenir citoyen, le respect et c est exactement l’inverse

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