« Il m’a extirpé de mes couvertures, m’a retournée sur mon lit, a écarté mon pyja-short et m’a violée » (Témoignage)

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Bonjour,
Je vous remercie vivement pour cet ouvrage qui reflète tant la réalité que les femmes militaires doivent endurer de manière journalière.
Je m’appelle Karine O, je me suis engagée dans l’Armée de Terre le 1er décembre 1999, pour un contrat de 5 ans, dans un régiment d’infanterie, stationné à l’époque en Allemagne.
Le premier soir de mon intégration, j’ai appris que j’étais la seule recrue du mois de décembre 1999, que j’allais devoir rejoindre le 43e Régiment de Transmissions stationné à Montigny-les-Metz (57) pour faire mes classes avec d’autres féminines.
Lorsque j’ai demandé où se situaient les douches, le sergent de semaine m’a dit d’aller dans les douches au sous-sol.
J’ai donc pris ma douche dans ce grand espace, sans rideaux, avec des pommes de douches accrochées au mur.
Il y avait des hommes, je n’ai rien dit, pensant que cela se passait comme ça, comme aux Etats-Unis.
J’ai donc fait 2 mois de classes en France puis ai réintégré mon régiment en février 2000.
J’ai appris que les féminines avaient des chambres séparées de celles des personnels masculins, et les douches aussi.
Donc lors de ma toute première douche, le 1er décembre 1999, le sergent de semaine m’avait sciemment envoyée dans les douches masculines…

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Premier choc…

J’ai été affectée comme secrétaire et conducteur du chef de corps du régiment.
J’ai été la 13e féminine à intégrer ce Bataillon d’Elite, comme ils aiment tous à le surnommer.
Mais très vite mon collègue, un caporal-chef qui avait déjà 5 ans d’ancienneté a commencé à vouloir me tripoter ou me faire des blagues déplacées.
Lors d’une préparation militaire au camp de Mourmelon à l’été 2001, en France, ce caporal-chef, bien éméché après une soirée arrosée dans le bar du centre-ville, m’a suivie à travers champs, et a tenté de me violer.
Un collègue est arrivé à temps pour me défendre.
En septembre 2001 j’ai été envoyée en OPEX à Mitrovica (Kosovo).
Et là j’ai découvert le vrai visage de ces hommes, très souvent mariés, qui ne perdent pas une seconde pour nous envoyer des piques sur notre prise de poids, notre gros cul, que nous sommes toutes des salopes.
Un jour on nous a offert un sex-toy… de très mauvais goût.
Nous nous enfermions dans nos chambres dès le service terminé, jusqu’au lendemain matin, car si on avait le malheur de trainer dans les couloirs, les personnels masculins, en caleçon et bière à la min, nous proposait des parties de jambes en l’air.
En 2002, de retour dans mon régiment en Allemagne, j’ai changé de chambre dans un nouveau bâtiment.
Elle se situait au rez de chaussée.
Les douches réservées aux féminines étaient juste à côté.
Nous n’avions même pas de rideaux aux fenêtres qui donnaient sur l’unique parking régimentaire.
Nous avons dû coller des panneaux opaques sur les vitres.
Nous n’avions aucune intimité car nous sortions de la douche juste en face de l’entrée du bâtiment…
Un soir, un caporal, qui rentrait d’une beuverie dans un bar du centre ville, est entré dans ma chambre.
Je dormais, il m’a réveillée en sursaut en me soulevant pas les dessous de bras.
Il m’a extirpé de mes couvertures, m’a retournée sur mon lit, a écarté mon pyja-short et m’a violée par sodomie.
Il a fait son affaire et est reparti en claquant la porte.
J’ai appris le lendemain qu’il avait passé la soirée à boire et à prendre des cachetons de drogue dans un bar.
Je n’ai jamais parlé, jamais rien dit. Je ne pouvais rien dire, j’étais la secrétaire du chef de corps…

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« Vous voyez ce cul devant? vous allez le suivre partout dans les bois »
Je me souviens aussi une séance de footing.
Nous courrions sur un terrai d’entrainement situé à côté de notre quartier.
Un matin, un capitaine a dit à sa compagnie (une centaine d’hommes) en me montrant du doigt :
« vous voyez ce cul devant? vous allez le suivre partout dans les bois »
Et moi j’ai couru tant que j’ai pu, ils m’ont suivie pendant 45 minutes en hurlant des insanités.
J’ai même appris qu’ils avaient fait un pari sur moi, que le premier arrivé me passerait dessus!
Je suis tombée enceinte début 2003.
Lorsque je l’ai annoncé au géniteur (militaire aussi), il m’a demandé d’avorter, j’ai refusé, il m’a quittée.
J’ai annoncé ma grossesse à mon supérieur, il m’a demandé d’avorter.
J’ai refusé, encore une fois.
Je devais partir en Afghanistan, j’ai dû être remplacée.
J’ai accouché fin 2003 et à cette époque je devais faire un compte-rendu pour demander mon renouvellement de contrat (un an avant la fin de mon cobntrat de 5 ans, c’est la règle).
Je n’ai jamais eu de retour de ce compte-rendu, car il devait passer par mon supérieur, puis le capitaine commandant d’unité, puis le DRH et enfin le chef de corps.
Je n’ai jamais eu la réponse.
En fait mon contrat n’a pas été renouvelé car j’étais maman, célibataire de surcroit et donc un fardeau…
Je n’ai même pas eu droit à une reconversion.
J’avais demandé une mutation, elle m’a été refusée.
J’ai donc quitté l’armée le 19 septembre 2004, avec un bébé de 1 an.
Je suis rentrée en France.
J’ai vécu 5 ans d’humiliation, les beuveries du foyer (bar régimentaire), les insultes dans la file pour aller à l’ordinaire (cantine), les agressions et un viol.
Je ne regrette pas aujourd’hui de ne pas avoir été renouvelée.
Mes évaluations annuelles se dégradaient, j’étais de plus en plus mal notée et je n’ai pas eu le droit de passer mon CME (certificat militaire élémentaire), mais suis passée caporal quand même.
Mes camarades de compagnie m’avait dit que j’avais dû passer sous le bureau du chef de corps pour passer caporal sans CME…
Le retour à la vie civile a été compliqué, car l’armée formate pas mal, mais quelle délivrance.
Je suis redevenue une jeune femme comme toutes les autres, une maman à part entière.
Aujourd’hui je ne garde que les bons moments, mais certaines images reviennent me hanter et le viol que j’ai subi me poursuit.
Je n’ai pas porté plainte à la Prévôté, située juste à côté du régiment, car je me suis dit que l’affaire serait étouffée, qu’on ne me croirait pas, car les féminines ne « cherchent que ça ».

Karine O

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6 Commentaires

  1. Bonjour Karine O
    Je suis toujours écœurée de lire ses témoignages tout aussi horrible les unes que les autres.
    Je suis aussi une victime de l’armée et nous sommes plusieurs dans le même cas que toi.
    Sache que aujourd’hui nous avons la possibilité d’obtenir réparation.
    Nous avons 2 merveilleuses journalistes qui ont effectué un superbe travail et aujourd’hui les choses avancent.
    À nous de poursuivre le combat.
    J’ai créé une adresse email ou je t’invite à nous rejoindre car nous sommes plusieurs aujourd’hui à nous retrouver et à avancer pour obtenir une réparation.
    Voici l’adresse email: victimes.armee@gmail.com
    Au plaisir de te rencontrer
    Raphaëlle (tu as mon témoignage sur le site)

  2. Bonjour Raphaëlle, je suis Karine O.
    Je ne sais pas si j’ai la force de demander réparation.
    Je suis actuellement dans une procédure judiciaire aux côtés de mon frère contre notre père pour viols incestueux pendant l’enfance, c’est un combat que je mène depuis 5 mois déjà et qui m’épuise de par la pression de ma mère…
    Je te remercie pour ton commentaire, je vais t’écrire, laisses-moi juste le temps.
    Témoigner ici a déjà été un grand pas, car seulement 4 personnes le savent, dont mon meilleur ami, toujours militaire, qui m’a secourue lors de la première tentative de viol.
    Merci beaucoup.
    A bientôt.
    Karine

    1. Il n’y a aucun problème sache le.
      Prends le temps dont tu as besoin.
      Je sais également moi (et titiab qui à également pris le temps de témoigner sur ton article et avec qui j’ai un très bon contact aujourd’hui) que de pouvoir témoigner est très difficile.
      La chose dont tu as besoin de savoir aujourd’hui c’est que nous sommes nombreuses à pouvoir se soutenir et s’entraider.
      Tu as l’adresse email à ta disposition et nous espérons que tu franchiras le pas afin de te rallier à nous.
      Nous ne jugeons personnes et nous sommes toutes des victimes, mais nous nous comprenons et c’est la meilleurs force et la meilleurs thérapie que l’on puissent avoir aujourd’hui.
      Prends le temps dont tu as besoin mais tu es pas seule aujourd’hui.
      Alors surtout n’hésite pas…
      Gros bisous et à très vite je l’espère.
      Raphaëlle

  3. Bonjour Karine O

    Ton témoignage est une fois de plus un drame lourd de conséquence. Comment avoir pu depuis toutes ses années laisser faire ses choses atroces. Je suis horrifiée a te lire…cela me boulverse…quand j apprends au fur et a mesure toutes ses histoires aussi lourde et terrible les une comme les autres me révolte. Aujourd’hui un combat a commencé pour que ses actes qui me donne envie de vomir cesses. Celine, moi même et bien d autres ne veulent pas que cela s arrête a juste « 10 mesures » notre souffrance et terreur merite bien plus que ca!!! Que les choses changent et que notre douleur soit entendue! N hésite pas a nous rejoindre comme te l a dit Céline pour pouvoir echanger…partager…et s écouter sans que notre souffrance soit juger….déformer ou tout simplement utiliser a nos dépend. Celine te donnera sûrement les infos du forum…au plaisir de te retrouver dessus.

  4. Marie (nom d'emprunt) · · Réponse

    Bonjour Karine,
    Je voudrais pleurer avec vous, vous serrer bien fort dans mes bras et vous embrasser comme une mère devrait le faire.
    Je pense bien à vous.
    Marie

  5. Salut Karine O
    Je voulais t’envoyer ce message pour te donner un peu d’espoir.
    Quand je te parlai d’obtenir réparation c’était pour te dire que l’on peux pas changer le passer mais nous pouvons changer celui de l’avenir.
    Mr le Drian à fait un 1er pas mais Titiab moi même et une autre victime avons demandé un entretien avec Mr le Drian.
    Je te parlerai plus sur l’adresse email que je t’avais envoyé si tu le souhaites.
    Mais nous sommes plusieurs aujourd’hui à nous souder pour obtenir réparation.
    Je pense très fort à toi dans les épreuves que tu vies actuellement.
    Je t’offre mon soutien et j’espère que tu garderas la force et le soutien et que ton meilleur ami continu à t’épauler.
    Bon courage à toi.

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