« M. Le Drian, entendez les femmes militaires victimes d’agressions sexuelles »

Mardi 22 avril 2014, des femmes victimes de violences sexuelles dans l’armée demandent, dans un tribune publiée par Le Monde, à être reçues par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian :

http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2014/04/22/m-le-drian-entendez-les-femmes-militaires-victimes-d-agressions-sexuelles_4405002_3232.html

Le ministre de la défense a fait un premier pas en direction des femmes de l’armée française. Nous avons suivi avec beaucoup d’intérêt l’annonce le 16 avril du plan d’action concernant l’égalité femmes-hommes et la lutte contre le harcèlement. Le projet dévoilé est sans aucun doute la marque d’un progrès, il est pour nous porteur d’espoir.

Mais nous qui, comme tant d’autres, n’avons jamais été entendues, écoutées, nous dont l’existence et la souffrance ont été cachées, nous avons besoin d’un geste de reconnaissance. Nous – Céline, Laetitia, Lyne, militaires et victimes de violences sexuelles – nous adressons à Jean-Yves Le Drian aujourd’hui dans le but qu’il nous reçoive personnellement au ministère. Nous souhaiterions que l’institution prenne réellement ses responsabilités : nous entendons parler de transparence et nous voudrions croire que ce n’est pas une éphémère entreprise de communication.

Nous aimerions nous exprimer de vive voix afin d’expliquer, de comprendre et de trouver des solutions pour que cela ne se reproduise plus. Nous avons tellement à dire. Nous pensons que le dispositif d’accompagnement des victimes prévu n’est sans doute pas adapté. Il faut le faire évoluer.

La dénonciation resterait une nouvelle fois en interne, alors que les victimes devraient, selon nous, pouvoir se confier à un organisme civil et indépendant. Peut-on imaginer qu’une femme qui a été violée sur son lieu de travail par un frère d’arme ou un supérieur va appeler un numéro auquel va répondre un militaire ?

Ce sont des personnels de l’armée eux-mêmes qui sont responsables de notre détresse, alors que la confiance n’est plus là. Et puis, tout se sait dans l’armée, c’est une grande famille, une militaire agressée aurait trop peur de compromettre sa carrière. Pour que les paroles se libèrent, il faut nous écouter.

« COMME UNE BREBIS AU MILIEU DES LOUPS »

Je m’appelle Céline, j’ai 28 ans. J’ai été une des premières femmes militaires admises dans une compagnie de combat. J’étais si fière de suivre le chemin tracé par mon grand-père.

J’ai cependant été victime de harcèlement moral, sexuel et d’une tentative de viol de la part de mes camarades. On a tenté de me dissuader de porter plainte. Lors de l’enquête de commandement qui a suivi la dénonciation des faits, les officiers m’ont expliqué qu’une « femme entourée d’hommes était comme une brebis au milieu des loups » et que j’aurais dû m’attendre à ce que l’on « me saute dessus ».

J’ai dû quitter l’armée par la petite porte alors que mes agresseurs, eux, sont restés en place. J’ai tenté de mettre fin à mes jours avant de sombrer dans l’alcool et la dépression. Aujourd’hui encore, je cherche à me reconstruire.

Je m’appelle Laetitia, je me suis engagée dans l’armée de terre en mai 2001. Deux mois plus tard, j’étais victime d’un viol sous GHB, ou « drogue du viol », au sein de mon régiment. Une procédure douloureuse et longue de sept ans s’en est suivie. Mon agresseur a finalement été confondu et condamné pénalement. En revanche, les autres, ceux qui ont vu mais n’ont rien fait, n’ont jamais été inquiétés.

Ma carrière et ma vie privée ont été brisées ! Treize ans après les faits, rien n’a changé. Certaines mesures ont été prises mais sans que notre parole soit écoutée. Le projet présenté ne passe-t-il pas à côté de l’essentiel : les attentes des victimes ?

Je m’appelle Lyne, j’ai 26 ans. Il y a moins d’un an, j’ai été victime d’un viol dans ma garnison. J’ai porté plainte trois jours après les faits. Une semaine plus tard, on m’a mutée dans une autre unité mais sans changer de base. Aujourd’hui, je suis toujours dans l’armée et en aucun cas je ne souhaite quitter mon travail. Je croise tous les jours mon agresseur qui a, lui, conservé son poste.

Est-il normal, alors que je suis victime, que j’aie été détachée de mon unité, tandis que mon agresseur n’a jamais été muté et n’est pas inquiété ? A présent, je souffre du regard des autres. J’ai fini par faire une demande de mutation actuellement étudiée par le service des ressources humaines. J’attends avec impatience la décision, qui je l’espère sera positive. Puisque, désormais, M. Le Drian a donné la consigne de soutenir les victimes et d’appliquer la tolérance zéro.

Nous nous adressons aujourd’hui à lui emplies d’espérance.

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2 Commentaires

  1. Cela fait combien de temps Mr le ministre de la défense que notre parole n a aucune importance…? Il y a déjà plusieurs années que des lettres et des demandes sont faites pour nous recevoir et dont pour seule reponse est le « neant » ! Rien …aucune considération alors que nos convictions et notre engagement envers notre patrie était ultime…notre vie était dédiée a servir notre pays au mieux.  » un très beau slogan… » engagez vous »  » on est militaire 24h/24….en tant qu ancienne militaire j avais des droits et des devoirs. Ou sont passé nos droits? Ils ont été enexsistant et cela pendant des années. Vous dites qu il n y a pas d omerta….alors expliquais moi pourquoi rien n a été fait alors que le ministre de la defense de l époque…le président de la république de l époque étaient informés par lettre nominative envoyé en recommandé!!!Que fallait il faire…? Les plus hautes autorités de notre pays étaient informés. Mais c est vrai qui sommes nous…? De pauvres femmes que personne ne considérer. Quelle tristesse…une honte !!!

  2. Marie (nom d'emprunt · · Réponse

    Monsieur le ministre,
    Il semblerait que vous ayez du mal à prononcer le mot « viol ». Je vous rassure, nous aussi. Il nous a fallu du temps pour mettre les mots vrais sur nos maux. Comprendre le langage de notre corps, accepter qu’il se rebelle et exprime des sentiments qui nous étaient étrangers, que nous refusions de reconnaître.

    Dégoût, colère, culpabilité, rancœur, amertume, répulsion, déception… nos agresseurs nous ont appris tellement de sentiments dont nous nous serions bien passées. Nous connaissons tout de l’alcool qui transporte, des cachets qui abrutissent, du sommeil où l’on s’évade, des nuits blanches meurtrières, suicidaires, des douches interminables qui jamais ne lavent, des odeurs qui poursuivent, de la peur qui jamais ne nous quitte. Que savez-vous de cela ?

    Nous avons fait un long chemin pour venir jusqu’à vous.

    Malgré tout, nous aimerions avoir confiance en vous, nous en remettre à vous.
    Nous n’avons pas le choix. Nous aspirons à vivre.

    Vous avez peur des mots ? Nous aussi. Nous survivons accrochées au regard de nos psy de toutes sortes. Leurs vacances nous laissent comme des enfants abandonnés, démunis. Et pourtant, qui aime plus la vie que nous qui en connaissons le pire et aspirons au meilleur ?

    Je suis engagée. Fille, petite-fille, nièce, cousine d’officiers, je pensais perpétuer une tradition militaire au service de la France. J’étais prête au sacrifice ultime, je n’aurais jamais cru que celui qui m’était demandé était de cette nature. Mes camarades me promettaient les pires sévices de la part des « rouges », nos ennemis communistes. Nous nous entrainions à les combattre. Qui aurait cru que l’ennemi serait intérieur, porterait le même uniforme que moi ? Pire, porterait l’uniforme de ceux chargés de veiller sur notre santé ?

    Savoir qu’il y a parmi nous des violeurs, donc des criminels, ne nous plait pas non plus.

    Voir que des hommes courageux en opération sont lâches quand il s’agit de soutenir leurs sœurs d’armes me désole tout comme vous.

    Pourriez-vous, tout comme nous, cesser un instant de les voir protégés par leurs uniformes et les considérer comme ce qu’ils sont, des hors-la-loi ?

    Les protéger, est-ce un service rendu à l’institution militaire ?

    Nous éliminer, est-ce vraiment servir la Défense ?

    Ma carrière ne ressemble en rien à celle que j’imaginais. L’armée, dans laquelle j’avais mis tous mes espoirs, a détruit ma vie. Ma vie professionnelle, ma vie de femme. Il y a longtemps que je ne suis plus un être humain, juste un corps qui bouge, parce qu’il faut bien vivre.

    Extérieurement, ma carrière semble plutôt réussie. A l’intérieur, je suis un champ de ruines.

    Qui pourra soulager ma peine ?

    Qui me permettra de renouer avec une vie sociale normale, ordinaire ? Depuis plus de vingt ans je me terre entre quatre murs, incapable de prendre le train, l’avion, de partir en vacances, de voyager… Stress post traumatique, agoraphobie, trouble panique… Ma vie s’est arrêtée un soir de 1989.

    Nous sommes en 2014.

    Je serai vieille avant d’avoir vécu.

    Qu’allez-vous faire pour moi, monsieur le ministre ?

    Marie

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